A3 Fragmentation en bulles de confiance mutuellement exclusives
Topique
La fragmentation en bulles de confiance mutuellement exclusives constitue la troisième anomalie de ce schéma. Conjuguée à l'effondrement de la confiance généralisée et à la surconfiance exploitée, elle complète un ensemble de trois manières distinctes dont la confiance peut échouer : la première par défaut généralisé, la seconde par un excès de confiance mal placée, et la troisième parce que la confiance persiste, mais se limite à de petits groupes qui ne s'étendent pas au reste de la société.
La variable qui déclenche cette anomalie est le rayon de confiance qui devient inférieur à la taille nécessaire à la coordination à l'échelle sociétale : tant que ce rayon couvre une fraction suffisante de la société, la confiance peut maintenir la coopération à cette échelle ; lorsque le rayon se contracte jusqu'à se limiter à de petits groupes, la société se fragmente en bulles de confiance mutuellement exclusives, chacune capable de maintenir la coopération en son sein, mais incapable de se coordonner avec les autres.
Cette contraction du rayon de confiance est similaire, mais non identique, à la chambre d'écho fermée déjà décrite dans Polarisation et identité de groupe : cette anomalie mesure la proportion de liens du réseau qui franchissent la frontière du groupe, une variable structurelle du réseau lui-même. Cela mesure le rayon de confiance, une variable indiquant le degré de volonté de coopérer. Un mode d'identités alignées, où différentes lignes d'identité coïncident plutôt que de s'entrecroiser, constitue un terrain fertile pour la progression conjointe de ces deux anomalies : chaque bulle de confiance tend à coïncider avec le même groupe qui s'est déjà replié sur lui-même dans une chambre d'écho, de sorte que la fragmentation de la confiance et la fragmentation du réseau finissent par décrire, pour une même population, les deux aspects d'un même processus.
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