A64 Fragmentation du groupe
Topique
L'essaim est maintenu par une cohésion sociale alimentée par les signaux visuels, acoustiques ou chimiques que les individus échangent. La fragmentation de l'essaim survient précisément lorsque cette cohésion sociale est rompue, soit par une perturbation physique (vent, obstacle), soit par la perte des signaux qui assurent sa cohésion.
Le modèle de décroissance de Vicsek décrit ce qui se produit lorsque l'essaim est perturbé de cette manière : la vitesse collective de déplacement de l'essaim, considéré comme un corps unique, décroît exponentiellement, à un rythme spécifique à chaque épisode de fragmentation. Cette décroissance est le premier signe que l'essaim cesse de se comporter comme une seule entité.
Lorsqu'un essaim se fragmente près d'un point de percolation critique (le même type de seuil qui sépare un essaim connecté d'un essaim effondré lors de cascades de failles), la taille des fragments résultants n'est pas uniformément répartie, mais suit une loi de puissance : de nombreux petits fragments et très peu de grands apparaissent, au lieu de fragments de tailles à peu près similaires. La propension d'un essaim à se fragmenter de cette manière dépend d'un équilibre interne appelé rayon de cohésion : d'une part, chaque individu tend à s'éloigner des autres à une certaine vitesse ; d'autre part, le taux d'échappement de l'essaim mesure la rapidité avec laquelle les individus échappent à cette cohésion collective. Le rayon de cohésion correspond essentiellement au point d'équilibre entre ces deux tendances opposées.
Au seuil critique de percolation, la fracture qui divise l'essaim en fragments se propage à une vitesse quasi nulle, signe que l'essaim est au bord de l'effondrement. À mesure que l'essaim s'éloigne de ce point critique – que ce soit vers un état plus cohésif ou plus fragmenté – la vitesse de propagation de la fracture augmente, suivant une loi d'échelle caractéristique des phénomènes critiques. Une fois l'essaim fragmenté, les fragments séparés peuvent encore se réunir, selon la théorie des rencontres aléatoires de Smoluchowski : le temps nécessaire pour que deux fragments se rencontrent à nouveau augmente avec le carré de la distance qui les sépare, de sorte que les fragments qui se sont retrouvés très proches l'un de l'autre rejoignent l'essaim d'origine beaucoup plus rapidement que les fragments qui se sont retrouvés éloignés les uns des autres.
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