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A63 Perturbations des communications

Topique

Les colonies d'insectes — fourmis suivant une piste, abeilles déposant des traces de phéromones — dépendent de la communication chimique pour coordonner leurs membres. Or, c'est précisément cette communication chimique que divers polluants environnementaux peuvent perturber, soit en entrant en compétition avec les phéromones naturelles de la colonie, soit en les dégradant directement. Les pesticides, les herbicides et les solvants industriels peuvent agir comme perturbateurs chimiques sur la piste de phéromones de la colonie, même à des concentrations trop faibles pour tuer directement les insectes.

Le premier mécanisme de perturbation est la dégradation directe : le perturbateur chimique réduit progressivement la concentration de phéromones actives le long de la piste. Plus sa concentration est élevée et plus son action est longue, plus la portion de la piste contenant encore suffisamment de phéromones actives pour être utile est courte.

Le second mécanisme, indépendant du premier, ne réduit pas la quantité de phéromone active, mais introduit un bruit chimique autour d'elle : des molécules similaires, mais non identiques, à la phéromone de la colonie augmentent le seuil de détection qu'un insecte doit franchir pour reconnaître la phéromone active. Cela signifie qu'une concentration beaucoup plus élevée de phéromone est nécessaire pour déclencher le comportement de suivi de piste.

Lorsque ces deux mécanismes agissent simultanément sur la piste de phéromones de la colonie, le recrutement collectif s'effondre : dès que la piste devient trop faible pour franchir le seuil de détection élevé, les fourmis ou les abeilles de la colonie cessent de la suivre et se mettent à explorer l'environnement de manière aléatoire – une stratégie beaucoup moins efficace pour que la colonie puisse localiser les ressources dont elle a besoin.

Rétablir la communication chimique qui coordonnait les individus de la colonie exige que celle-ci reconstruise la piste de phéromones, en fournissant un flux de phéromones suffisamment fort pour dépasser à nouveau le seuil de détection que les contaminants avaient augmenté. Ce n’est que lorsque la colonie parvient à maintenir ce flux au-dessus du seuil que le recrutement collectif reprend son fonctionnement d’avant la perturbation chimique.

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