E2 Réaffectation professionnelle
Topique
Le modèle analyse comment une société peut réagir aux suppressions d'emplois induites par l'intelligence artificielle en redistribuant les travailleurs vers des activités à plus forte capacité d'absorption. Pour chaque profession, le nombre de personnes pouvant être libérées par l'automatisation est initialement déterminé. Le modèle prenant en compte les travailleurs humains, la population active déplacée est nécessairement considérée comme totale, évitant ainsi de considérer les travailleurs à temps partiel. Le nombre total de suppressions d'emplois qui en résulte est comparé à un taux de chômage attribuable à l'IA jugé acceptable par la société. Ce paramètre traduit explicitement une prise de conscience sociale : tant que le chômage induit reste dans cette marge, aucune intervention supplémentaire n'est requise ; tout déplacement de population supérieur doit être absorbé par d'autres activités.
La capacité d'absorption de ces travailleurs n'est pas répartie uniformément entre les professions. Celles qui sont moins susceptibles d'être automatisées et qui occupent déjà une place significative dans la structure du marché du travail constituent les destinations naturelles pour la création d'emplois. Sur la base de ces caractéristiques, la capacité d'absorption relative de chaque profession est estimée, puis l'ensemble est normalisé afin que le nombre total de nouveaux emplois disponibles corresponde exactement au nombre de travailleurs à absorber.
La transition des professions affectées vers les professions bénéficiaires est représentée par une matrice de migration de la main-d'uvre. Cette matrice est construite à l'aide d'un modèle de gravité à deux contraintes, adaptant une méthodologie employée dans les modèles de transport et de migration. Dans ce cas, la facilité de déplacement ne dépend pas de la distance géographique, mais plutôt de la similarité entre les compétences et les tâches correspondant aux professions d'origine et de destination. Plus cette similarité est grande, plus la transition de la main-d'uvre est naturelle. Des facteurs d'équilibrage ajustés itérativement garantissent que chaque profession d'origine reçoive simultanément le nombre exact de travailleurs déplacés auquel elle a droit, et que chaque profession d'accueil ne reçoive que le nombre qu'elle a la capacité d'absorber.
Il ne s'agit pas d'un simple déplacement de travailleurs, mais d'une modification progressive de la composition professionnelle de la société. La matrice de migration permet de calculer la nouvelle main-d'uvre pour chaque profession et d'observer l'évolution de sa part relative dans l'emploi total. De cette manière, il est possible d'analyser la transformation du profil professionnel induite par une économie intégrant l'IA et qui, simultanément, s'efforce de limiter ses conséquences sociales sur le chômage.
Une réintégration efficace nécessite également la création des conditions matérielles nécessaires à l'existence de ces nouveaux emplois. Les professions concernées par ce transfert peuvent nécessiter des infrastructures supplémentaires, de nouveaux emplois, des équipements, des formations ou des reconversions professionnelles. Le coût associé à cette expansion représente l'effort nécessaire pour transformer la capacité d'absorption potentielle en emplois effectifs. Ainsi, la gestion des mutations technologiques est une responsabilité partagée entre les entreprises et l'État : l'automatisation libère des emplois, tandis que la prise de conscience sociale détermine le niveau de chômage acceptable et les ressources à mobiliser pour faciliter la transition vers une nouvelle structure professionnelle.
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