A13 Douleur neuropathique chronique (sensibilisation centrale)
Topique
Une lésion nerveuse périphérique est le point de départ de la douleur neuropathique chronique : cette lésion génère une activité ectopique dans les fibres endommagées, c’est-à-dire que ces fibres émettent des signaux de douleur en l’absence de stimulus réel. Cette activité ectopique est due à la surexpression de canaux sodiques voltage-dépendants, les mêmes canaux déjà utilisés pour décrire l’activité des fibres nerveuses dans un autre modèle. Plus les fibres endommagées surexpriment de canaux sodiques voltage-dépendants, plus l’activité ectopique qu’elles génèrent est importante.
Parmi les fibres endommagées, les fibres C nociceptives, lorsqu’elles sont stimulées de façon répétée, produisent un effet particulier sur la corne dorsale de la moelle épinière : chaque stimulation répétée des fibres C nociceptives potentialise légèrement la réponse neuronale de la corne dorsale, de sorte que les réponses successives à un même stimulus deviennent de plus en plus intenses au sein de la corne dorsale. Plus les fibres C nociceptives sont stimulées fréquemment, plus cette potentialisation progressive de la réponse neuronale de la corne dorsale est importante.
Lorsque cette potentialisation progressive de la réponse neuronale de la corne dorsale se maintient dans le temps, elle se consolide en une sensibilisation centrale de la corne dorsale par un mécanisme de plasticité synaptique dépendant d'un type spécifique de récepteur du glutamate. Ce mécanisme suit le même type de plasticité que celui utilisé pour décrire l'apprentissage synaptique et l'excitotoxicité dans d'autres modèles du système nerveux.
Cette sensibilisation centrale de la corne dorsale s'accompagne d'une réduction de l'inhibition descendante qui atteint normalement la corne dorsale depuis les centres supraspinaux : plus cette inhibition descendante est faible, plus le gain net de la corne dorsale est important, c'est-à-dire plus l'amplification de chaque signal reçu par la corne dorsale est grande. La sensibilisation centrale et la réduction de l'inhibition descendante agissent toutes deux dans le même sens : elles augmentent le gain net de la corne dorsale.
Cette augmentation du gain net de la corne dorsale entraîne deux modifications cliniques caractéristiques : d’une part, elle élargit le champ récepteur périphérique de la corne dorsale, un phénomène appelé allodynie, ce qui signifie que des stimuli auparavant inoffensifs, comme un léger contact, commencent à provoquer une douleur ; d’autre part, elle abaisse le seuil de douleur de la corne dorsale, un phénomène appelé hyperalgésie, ce qui signifie que des stimuli légèrement douloureux génèrent une douleur beaucoup plus intense que prévu. Ensemble, ces deux facteurs, l’augmentation du gain net de la corne dorsale, consécutive à la lésion nerveuse périphérique initiale, expliquent pourquoi, dans la douleur neuropathique chronique, les stimuli génèrent une réponse douloureuse disproportionnée.
ID:4295
