A7 Stress migratoire
Topique
Un oiseau entreprenant une longue migration commence avec ses réserves de graisse pleinement reconstituées et les consomme continuellement tout au long du vol, atteignant idéalement sa destination avec ces réserves encore partiellement épuisées. Contrairement aux autres modèles de la série A, qui décrivent une perturbation unique affectant un oiseau par ailleurs stable, ce modèle décrit une trajectoire temporelle progressive : l’état de l’oiseau change continuellement, minute par minute, à mesure que ses réserves de graisse sont consommées pendant le vol.
Le mécanisme physique central de cette trajectoire est une boucle de rétroaction positive entre la masse corporelle de l’oiseau et le coût énergétique de son vol. À mesure que l’oiseau consomme ses réserves de graisse, sa masse corporelle diminue ; une masse corporelle plus faible réduit la puissance induite nécessaire à la portance, car maintenir un corps plus léger en l’air requiert moins d’énergie. Cette puissance induite réduite diminue le coût énergétique de chaque segment de vol, ralentissant ainsi la vitesse à laquelle les réserves de graisse continuent d’être consommées – la même condition initiale que celle à partir de laquelle tout le processus a commencé. Ceci boucle le cycle avec une consommation progressivement plus lente, étendant ainsi la portée potentielle du vol au-delà de ce qu’une masse constante permettrait.
Tant que cette boucle de rétroaction positive reste favorable, l'oiseau traverse ce que le modèle appelle la phase lipidique : le carburant nécessaire au vol provient exclusivement des graisses de ses réserves, ce qui se traduit par un quotient respiratoire proche de 0,71. L'oiseau vole alors avec une efficacité énergétique optimale, atteignant le coût le plus bas possible par unité de distance.
Mais si ses réserves de graisse s'épuisent avant qu'il n'atteigne sa destination, il entre dans la phase mixte : en plus des graisses restantes, il commence également à brûler des protéines, amorçant un catabolisme protéique qu'aucun oiseau migrateur ne peut supporter indéfiniment. Ce catabolisme protéique dégrade simultanément sa propre musculature – ce même tissu musculaire dont la puissance maximale diminue lorsqu'il se dégrade, une lésion ayant le même effet physique que celle subie par un muscle pectoral endommagé par d'autres causes – et réduit la puissance maximale que ce muscle peut fournir en vol.
Si le catabolisme protéique se poursuit, l'oiseau n'ayant pas encore atteint sa destination, sa masse corporelle peut chuter en dessous d'un seuil minimal de viabilité. Ce seuil correspond au moment où la masse musculaire et les réserves énergétiques deviennent insuffisantes pour assurer les fonctions vitales de l'organisme. Une fois ce seuil franchi, l'oiseau entre dans la phase critique du modèle, où la mort est imminente : le mécanisme de rétroaction positive qui, auparavant, augmentait son rayon d'action en allégeant son poids, ne peut plus s'appliquer, car c'est la masse corporelle restante qui assure sa survie, et non l'énergie nécessaire au vol.
En suivant cette trajectoire complète – de la phase lipidique optimale à la phase mixte de catabolisme protéique, jusqu'au seuil de la phase critique – le modèle permet de calculer, pour une espèce et des conditions initiales données, la distance maximale théorique que ses réserves lipidiques initiales lui permettent de parcourir lors d'une étape migratoire, ainsi que la marge de sécurité énergétique dont dispose un oiseau réel pour achever cette même étape avant d'atteindre la phase critique. En ce sens, il s'agit du modèle qui traduit la question de savoir si un oiseau migrateur spécifique parviendra à parcourir une longue distance en une distance et une marge spécifiques.
ID:4217
